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Le journal de Milou

· espiègle

Mon premier KONG, tout seul, dans la boîte grillagée

Cher journal.

Aujourd’hui j’ai vaincu un KONG. Enfin. Techniquement c’était le troisième, mais les deux premiers je les ai juste léchés et laissé tomber parce que j’étais vexé que la porte soit fermée.

Julien l’avait préparé le matin. Je l’ai vu faire. Il écrase des croquettes avec un liquide chaud qui sent le saumon. Puis il tasse tout ça dans cette chose en caoutchouc rose. Moi, je suis assis devant lui, les oreilles dressées comme des triangles d’alerte, parce que je sais exactement ce qui va se passer ensuite.

Il va me mettre dans la boîte.

Je proteste toujours un peu. C’est le principe. Un chien qui ne proteste pas n’est pas un vrai chien, c’est une pantoufle. Donc je couine, je fais ma tête de “tu ne m’aimes plus”, je regarde par-dessus mon épaule en trottinant dedans. Julien ne cède pas. Je sais qu’il ne cédera pas, mais j’essaie quand même parce qu’on ne sait jamais.

Et puis la porte se ferme. Et là, je suis seul avec le KONG.

La première minute, je boude. Je reste assis à regarder le salon à travers le grillage, comme un personnage de roman russe qui contemple la steppe. Très digne.

Puis je sens l’odeur. Et soudain, la dignité devient secondaire.

Je travaille le KONG. D’abord les deux croquettes qui dépassent — elles tombent dans ma gueule comme des cadeaux. Puis je plonge la truffe dedans, je lèche, je secoue, je mordille. Ça avance. Une croquette gonflée ici, une autre là. Je commence à comprendre : si j’incline le KONG et que je tape dessus, ça sort plus vite.

Je suis un génie. Aucun autre chiot dans l’histoire du monde n’a compris ça. Je vais sûrement avoir une médaille.

Au bout d’un moment — je n’ai pas de notion du temps mais c’était long — il reste un dé de foie tout au fond. Je le sens mais je n’arrive pas à l’attraper. Je couine un petit peu. Pas un couinement de détresse, un couinement de “allo, il y a encore quelque chose dedans, est-ce normal ?”.

Julien ne vient pas.

Je réessaie. Je roule le KONG par terre. Je le cale contre le mur. Et d’un coup, plop, le dé de foie tombe dans ma gueule. Victoire.

Je m’allonge sur la couverture, la patte sur le KONG vide, comme un dragon sur son trésor. J’ai un peu sommeil. Je crois que c’est ça, la fatigue mentale dont Julien parle tout le temps. C’est pas si mal.

Au bout d’un moment, il revient. Il ne dit rien, il ne me regarde même pas dans les yeux tout de suite. Il attend que je sois calme — je le sais parce que quand je couine, il s’arrête net et se retourne. C’est frustrant et intéressant en même temps. Moi j’aime la conversation, mais visiblement il a décidé que la conversation commence quand je me tais.

Quand je suis calme, il ouvre. Je sors, je m’étire, je bâille. Je n’ai même pas envie de courir partout. J’ai envie d’une autre sieste.

La boîte n’est pas une prison. C’est juste une pièce où il y a des très bonnes choses et pas de distractions. C’est peut-être pour ça qu’il me la prépare trois fois par jour. Il doit vraiment m’aimer.

Je l’aime aussi, en fait. Même s’il ferme la porte.

— Milou 🐾

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